Frédéric Auguste GAUTIER [1861-1912]
Frédéric Auguste GAUTIER naît le 30 juin 1861, place Saint-Michel, à Quimperlé. Il est le fils de Frédéric Joseph Louis GAUTIER, maître tanneur, et de Marie Angèle BRUGUEL.
Élève de l’École des Arts et Métiers d’Angers, promotion 1876, et de l’École Centrale, il est promu au titre d’ingénieur et il entre à la Compagnie d’Orléans [*] où il prendra plus tard la direction du grand dépôt d’Ussel. Frédéric Auguste prend la direction des usines Savary à la suite du décès, en 1899, de M. Alexis Savary, fondateur des Établissements.
La famille GAUTIER jouit alors d’une grande considération à Quimperlé. Cette estime est notamment attestée par un article de L’Union Agricole du 3 février 1897, consacré aux obsèques de Frédéric Joseph. Celui-ci y est décrit comme négociant, adjoint au maire de Quimperlé et chevalier de la Légion d’honneur. La cérémonie funèbre rassembla une foule considérable. Plusieurs personnalités y prirent la parole : M. Richard, maire de Quimperlé ; M. Savary, sénateur du Finistère, ancien maire de la ville et président de la commission régionale de la Société des anciens élèves des Écoles nationales des Arts et Métiers ; M. de Kerjégu, député du Finistère ; ainsi que M. Tavera, sous-préfet de Quimperlé.
Il décède le 16 juin 1912, en sa demeure, au n°1 de la rue du Combout à Quimperlé. Son décès survient dans des circonstances particulières, les Ets Savary étant alors en grève depuis plusieurs semaines.
Vous trouverez ci-dessous les discours prononcés lors des obsèques de Frédéric Auguste, retraçant les étapes marquantes de son parcours de vie.
[*] La Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO) est l’une des cinq grandes compagnies privées de chemin de fer dont les réseaux ont fusionné le avec ceux des administrations des chemins de fer de l’État et d’Alsace et Lorraine pour constituer la SNCF.
Les obsèques de Frédéric Gautier
Les obsèques de M. Gautier [L’Union Agricole et Maritime du 23 juin 1912].
Jeudi matin, à dix heures ont eu lieu les obsèques de M. Frédéric Gautier, au milieu d’une assistance considérable. De nombreuses couronnes avaient été offertes par : la Mutualité scolaire à son vice-président ; la panification « La Famille » à son président d’Honneur ; les ouvriers et employés des Etablissements Savary (Gautier et Cie) ; la Fonderie Rivière ; les membres de la Chambre de commerce de Quimper ; les élèves de l’Ecole primaire supérieure des garçons ; la Société Le Brise et « Bois et Charbons » de Lorient ; les anciens élèves des Arts et Métiers, etc. On remarquait les ouvriers de l’usine, des délégations des élèves des écoles, des enfants de l’hospice, de la Panification, des Sapeurs-pompiers, etc.
Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Richard ancien maire, Oizan directeur de la société Le Brise de Lorient ; Rivière, fondeur et Brénneur directeur de l’Ecole primaire supérieure. Le deuil était conduit par le jeune fils du défunt, son frère M. Armand Gautier, et son beau-frère M. Peaudecerf, magistrat à Paris. Mme Frédéric Gautier avait tenu à accompagner jusqu’à sa dernière demeure le cher compagnon de sa vie qui lui était si brutalement ravi.
Au cimetière M. Courtier, maire de Quimperlé, a prononcé d’une voix nette et impressionnante, les paroles suivantes :
« Messieurs,
Ce n’est pas sans éprouver une douloureuse émotion que je viens remplir un devoir que m’imposent mes fonctions, mais que m’inspirent surtout l’amitié et la reconnaissance, en rendant un suprême hommage à la mémoire de celui qui fut, pendant de nombreuses années, membre des Commissions administratives de l’hospice et du Bureau de Bienfaisance de Quimperlé. Vous ne vous étonnerez pas de mon trouble, ni de mon impuissance à traduire les sentiments qui m’étreignent le cœur devant cette tombe si prématurément ouverte.
C’est que je ne puis me faire à l’idée que cet homme, dont l’activité et l’énergie étaient si grandes et si admirées, ait pu être terrassé, aussi promptement, en pleine force, après quelques semaines de maladie, à un moment où ses amis et ceux qui le chérissaient mettaient leur espoir dans une prompte guérison. Il est profondément triste d’apporter, devant un cercueil, des éloges à un homme qui n’est plus. Et, cependant, c’est consacrer le souvenir de sa mémoire que de retracer en quelques mots son caractère et sa vie. Tous ceux qui ont connu M. Gautier sont unanimes à dire combien grande était son activité, combien large était son dévouement et combien sûr était son jugement.
Homme loyal et homme de devoir avant tout, il était, dans sa vie publique, comme dans sa vie privée, resté fidèle aux principes directeurs de sa conscience. S’il travaillait sans relâche pour un idéal, s’il ne marchandait jamais son concours à tout ce qui lui semblait juste et utile, il restait toujours inébranlablement attaché à ses idées. Ceux qui ont eu le bonheur de le suivre dans l’intimité, vous diront qu’ils subissaient le charme de son esprit toujours en éveil, toujours ouvert à toutes les belles choses de l’art et de l’industrie, forçant surtout l’admiration par sa droiture, son intelligence et sa volonté.
Sous une apparence plutôt froide et réservée qui était souvent mal comprise de ceux qui l’approchaient pour la première fois, il y avait en M. Gautier le type de l’homme au cœur généreux, aux convictions profondes qui se manifestaient dans une opiniâtreté irréductible qu’excusaient le désintéressement et l’amour du bien.
Monsieur Frédéric Gautier était né à Quimperlé en 1861. Il appartenait par ses origines à la démocratie d’où sortent tant d’hommes d’élite qui sont une des forces puissantes de notre pays. Après avoir fait ses premières études dans sa ville natale, il entra à l’École préparatoire d’Angers pour se faire recevoirsuccessivement et sans jamais un échec à l’École des Arts et Métiers puis à l’École Centrale. Sortant de cette école avec le titre d’ingénieur des Arts et Manufactures il entrait à la Cie d’Orléans où, après divers postes dans lesquels il avait su se faire apprécier, on lui confia l’important dépôt d’Ussel.
En 1899, il prenait la lourde succession de M. Savary. Il avait alors 33 ans. Fermement attaché au progrès, avec sa hardiesse et son initiative que venait seconder un esprit perspicace, il ne tarda pas à apporter dans ses ateliers des perfectionnements dans l’outillage et des transformations que nécessitaient l’extension toujours plus grande de son industrie. Sous son impulsion, et grâce aussi à sa connaissance des intérêts du pays, les établissements Savary étaient devenus un centre de fabrication intense, source féconde de vie et d’affaires pour Quimperlé.
S’il consacrait de toute son âme à ces établissements dont il avait la direction, il n’oubliait pas qu’il était administrateur de l’hospice et du bureau de Bienfaisance, membre de la Chambre de commerce de Quimper, président d’honneur de la coopérative « La Famille », vice-président de la société de secours mutuels scolaires, membre du comité consultatif du Travail, délégué cantonal.
Nul ne possédait une compétence plus indiscutable que la sienne dans les questions financières et commerciales, comme aussi dans les questions d’enseignement et de mutualité. Il mettait au service de ses convictions un raisonnement clair, une parole précise, s’efforçant toujours de fournir les meilleurs des arguments pour faire prévaloir son opinion. La fermeté inébranlable de ses sentiments républicains, sa puissance de travail, ses admirables facultés d’assimilation et surtout sa connaissance parfaite des affaires l’eurent vite désigné au choix de ses concitoyens.
En 1900, les électeurs de Quimperlé l’appelaient au Conseil municipal. Élu premier adjoint au maire, il conserva ces délicates fonctions jusqu’en 1904, époque à laquelle il se retira de la vie active de la politique pour se donner tout entier à la direction de son usine. Et c’est là, à la tête de cette usine, qui fut toujours l’objet de ses préoccupations, que la mort inexorable, dans sa soudaine et brutale rigueur, vint l’enlever à l’affection des siens. Quand on voit disparaître, à la force de l’âge, un homme qui meurt au moment où il allait pouvoir donner la mesure de toute sa valeur, on ne sent pas d’une tristesse profonde qu’inspire une existence ainsi brisée.
Ici, en face de ce cercueil, je songe à l’homme trop tôt disparu, au vide qu’il laisse dans nos cœurs, mais je songe surtout aux larmes de cette compagne et de ces petits enfants dont la tendresse remplissait ses jours de joie et de bonheur. S’il n’est pas de consolation possible à une si grande douleur, qu’il me soit permis de leur exprimer du fond du cœur nos sentiments de respectueuses condoléances, en leur donnant l’assuranceque nous garderons fidèlement le souvenir de celui qui leur était si cher.
Et vous, mon cher ami, vous allez dormir de votre dernier sommeil après tant d’années de labeur, quittant une femme éplorée, des petits enfants que vous chérissiez tant. Avant que cette tombe se referme sur vous, je veux vous dire que les sympathies qui font cortège à votre cercueil ne laisseront pas périr votre nom, et votre ville natale vous placera aux premiers rangs des ses enfants qui lui ont fait le plus d’honneur.
Au nom du Conseil municipal, au nom des membres des Commissions administratives de l’hospice et du Bureau de Bienfaisance, en mon nom personnel, je vous dis un dernier adieu.
Ensuite, M. Richard, ancien maire, dont M. Frédéric Gautier fut le premier adjoint et qui fut aussi son ami intime, lui a adressé, au nom de la mutualité scolaire, les adieux suivants, d’une voix que l’émotion étreignait :
Mesdames Messieurs
Après six semaines de maladie, et au moment où tout faisait présumer une prochaine guérison, la mort brutale vient d’enlever dans des conditions presque tragiques, à l’affection de sa famille, à l’affection de ses amis, l’un des meilleurs, l’un de ceux qui nous était le plus cher, Frédéric Gautier.C’est encore sous l’impression de cette mort si inattendue, le cœur rempli d’une profonde tristesse, qu’au nom de la société scolaire de secours mutuels et de retraite de l’arrondissement de Quimperlé j’accomplis le plus douloureux et le plus pénible devoir d’un président et d’un ami, en venant adresser un dernier adieu, un dernier souvenir à notre regretté collaborateur. Revenu se fixer à Quimperlé, sa ville natale, il y a une quinzaine d’années, pour prendre la direction de l’importante usine que la mort du regretté sénateur Savary venait de rendre vacante, il consacrait les courts moments de liberté que lui laissaient les exigences de son industrie aux œuvres de charité, de solidarité et de prévoyance, qui le portaient naturellement à la bonté et à la bienveillance qui formaient le fonds de son caractère.
L’œuvre de la mutualité scolaire fut principalement une de celles qui l’attirait le plus aussi, quand à la fin de l’année 1900, M. l’inspecteur primaire Chambord, qui avait conçu un groupement mutualiste dans la circonscription, prit l’initiative de fonder à Quimperlé la société de mutualité scolaire et sollicita le concours de quelques amis de l’École, ce fut avec empressement, je dirai même avec enthousiasme que Gautier, auquel on ne s’adressait jamais en vain alors qu’il y avait une idée généreuse à répandre, un travail utile au bien public à accomplir, répondit immédiatement à son appel et devint l’un des plus utiles etdévoués collaborateurs ne ménageant ni son temps ni sa peine pour se mettre au service de l’œuvre dont il comprenait toute l’importance.
D’abord secrétaire, puis vice-président de la société de mutualité scolaire, Gautier se montra dans ces différentes fonctions, toujours à la hauteur de sa tâche. Il avait pour cette société qu’il contribua à fonder, le plus grand attachement, le dévouement le plus absolu ; quelles que fussent ses occupations, il venait régulièrement à nos réunions et s’y faisait remarquer par son jugement droit, ses connaissances étendues, ses avis toujours justes et appréciés, et le soin scrupuleux qu’il apportait à l’étude de toutes les questions intéressant la société.
En perdant cet homme d’élite aux sentiments élevés et généreux dont la vie peut se résumer en ces mots : travail, bonté, honneur, la société scolaire perd un collaborateur dévoué, un conseiller précieux que la mort cependant ne pourra faire disparaître tout entier car nous garderons pieusement son souvenir et l’œuvre à laquelle il a tant contribué nous le rappellera toujours. Puissent les témoignages d’affection et de regrets des nombreux amis qui se pressent autour de ce cercueil et les sentiments de profonde et respectueuse sympathie que nous adressons à Madame Gautier, à ses enfants qu’il aimait si tendrement, à toute sa famille apporter un adoucissement à leur profonde et légitime douleur.
Au nom de la société de mutualité scolaire, en mon nom personnel, mon cher Gautier, je vous dis un dernier adieu.
A son tour, M. Le Doussal, ingénieur civil à Lorient, s’est exprimé en ces termes au nom de la Société des anciens élèves de l’école des Arts et métiers d’Angers.
Mesdames, Messieurs,
Au nom de la Société des Anciens Elèves des Ecoles Nationales d’Arts et Métiers et au mien, j’ai le devoir, que je remplis avec beaucoup de tristesse, de dire un dernier adieu à notre sympathique ami et camarade Frédéric Gautier, mort brusquement dans la nuit de dimanche à lundi au moment où une très grosse amélioration se faisait sentir à la suite d’une attaque de fièvre typhoïde, mort brutale qui nous a tous plongés dans la plus profonde douleur.
Notre ami était à peine âgé de 50 ans, né à Quimperlé où son père, ancien gadzart comme il devait le devenir lui-même, était à la tête d’une importante maison de tannerie. Il fit ses premières études à l’école primaire de Quimperlé, puis à l’institution Chevallier et entra en 1876 à l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers où il se fit remarquer par de très solides qualités ; l’année après sa sortie, il entra à l’Ecole Centrale où il conquiert brillamment son titre d’Ingénieur.Il entre aussitôt à la Cie d’Orléans, est bientôt nommé Chef de bureau, puis Inspecteur et Chef de Dépôt à Ussel et serait arrivé à des situations les plus enviées. Mais, fils d’industriel, l’industrie l’attirait et, quand, à la mort de notre camarade Savary, les actionnaires de l’importante maison qu’il dirigeait, connaissant les sérieuses qualités de Gautier, lui offrirent la direction de cette importante maison, il ne résista pas à la tentation et accepta. Depuis douze ans il était à la tête de cette usine qui prit, sous son habile direction, une importance considérable, il s’y dépensa sans compter, ne se ménageant pas, hélas ! passant trop souvent ses nuits en chemin de fer pour gagner du temps. À voir l’aménité avec laquelle il traitait les affaires on n’eût jamais cru qu’il se livrait à un travail aussi acharné. Qui sait si l’arrêt brusque du travail dans les ateliers n’a pas hâté sa fin !
Il faisait partie de notre association depuis 1883, il était vice-président du groupe régional de Lorient ; ses visites dans notre ville étaient fort espacées bien qu’il fut l’Ingénieur-Conseil éclairé de la Société « Bois et Charbons » qui lui doit une importance qu’elle n’avait jamais connue, mais on ne revoyait avec le plus grand plaisir ; chaque fois qu’on faisait appel à sa camaraderie, on eût cru que c’était lui qui l’obligeait.
À combien de nos jeunes gens a-t-il facilité l’entrée dans la vie industrielle, plusieurs d’entre eux assistent à ses obsèques et se rappellent avec quelle bonté ils étaient traités par lui, nous en conserverons tous le plus reconnaissant souvenir.
Marié en 1901 il laisse une veuve éplorée et deux enfants, trop jeunes pour sentir la perte cruelle qui lesfrappe et une famille dont la douleur est navrante. Je leur présente au nom de la société des anciens élèves des Écoles Nationales d’Arts et Métiers et au mien l’hommage respectueux de nos plus sincèrescondoléances.
Adieu, Gautier, adieu.
